Vipassana: Une expérience très enrichissante, mais j’ai encore des croûtes à manger

Vipassana: Une expérience très enrichissante, mais j’ai encore des croûtes à manger

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Mise en contexte : ‘’Vipassana’’ est une technique de méditation qui a, entres autres, été enseignée et popularisée par Bouddha lui-même et qui a connu un regain de popularité au cours des dernières décennies grâce à l’implication de S.N. Goenka, un ancien homme d’affaires du Myanmar qui a suivi le cours et qui a consacré une partie importante de sa vie à l’enseigner. De ma compréhension, le but de cette technique de méditation est la libération de toutes les souffrances. Que ce soit la souffrance provoquée par la douleur physique ou la souffrance provoquée par les pensées (à l’oeil je dirais que ça représente 90% de la souffrance pour une personne qui vient d’un pays riche et qui n’a pas de problème de santé particulier). La souffrance viendrait à la base soit de l’’’aversion’’ ou du ‘’craving’’ (C’est des mots en anglais, je les trouve trop approprié pour trouver l’équivalent en français). Par exemple, reste assis immobile pendant une heure et je peux te dire qu’après 45 minutes, tu vas avoir envie en ta%$@@$# de bouger tes jambes. Dans ce cas particulier, c’est la douleur et les signaux d’inconfort physique qui crée une forte envie de bouger. Et cette forte envie de bouger créée la souffrance. 

Le but est d’apprendre à observer les sensations agréables ou désagréables en restant entièrement neutre faces à elles. Les 10 jours de méditation sont uniquement axés sur l’observation des sensations du corp et un des points clés est d’apprendre à rester immobile. Car, en bougeant en raison de l’inconfort, on ‘’cède’’ face au craving de bouger alors qu’il faut apprendre à rester neutre face à cet inconfort. En atteignant ce stade de parfaite neutralité, on ne souffre plus finalement, on ne devient qu’observateur de ces sensations. Cela vaut aussi pour la ‘’souffrance mentale’’ que l’on se crée (doute, peur, apitoiement sur son sort, se comparer aux autres, etc.). En étant observateur de ces pensées négatives sans pour autant essayer de les réprimer, on se détache de leur effet et la ‘’souffrance’’ s’arrête.

Tout cela peut se comprendre intellectuellement, mais encore faut-il être capable de l’expérimenter. (Pour moi c’est comme si on lisait un livre pour apprendre à faire du vélo…… ben non sti, fait du vélo, c’est comme ça que tu vas vraiment apprendre). Ces 10 jours intensifs servent justement à ça, vivre l’expérience ‘’d’observer’’ ses propres sensations, agréables ou désagréables en toute neutralité.

Mais qu’en est-il de ton expérience mon petit Arnaud? On veut savoir.

Je peux dire que les trois premiers jours n’ont pas été très fructueux. Il fallait uniquement se concentrer sur la région du nez et une partie entre la lèvre supérieure et le bas du nez. Je partais constamment dans mes pensées en me disant que toute cette technique de méditation n’était vraiment pas pour moi. Surtout que j’étais misérable durant les sessions du matin (4h30 à 6h30) et que je n’arrêtais pas de me tortiller, me déplacer en raison de mon inconfort dans les jambes surtout. Ce n’est que sur le tard que j’ai compris que le but de cet exercice était ‘’d’aiguiser’’ l’esprit à percevoir des sensations plus subtiles. Je peux dire, par contre que ça a fonctionné un peu quand même, car maintenant je suis capable de sentir les pulsations d’une petite artère en plein milieu de mon gros pif de français croche. C’est ça de gagné.

La quatrième journée est bouffée de fraîcheur pour l’esprit. On commence à faire un scan corporel (observer les sensations de chacune des parties du corps)! Cet exercice est un million de fois plus intéressant que celui des trois premiers jours. C’est là que l’on commence les séances de ‘’Siddhasana’’, c’est-à-dire, de rester immobile pendant une heure entière (3 fois par jour). Je peux dire que j’ai souffert le martyre et échoué l’objectif. À la fin de la journée, je demande tout piteux à l’enseignement d’utiliser une chaise à la place. Il me demande d’attendre une autre journée avant d’essayer la chaise. Une sage proposition.

La journée suivante, j’ai un éclair de génie, je prends des bas pour mes pieds qui encaissent le plus en position assise et je rajoute un coussin pour que mon derrière soit plus surélevé. Bref, ça se tolère même si je ne parviens pas à rester immobile pendant une heure.

C’est à la sixième journée que j’ai l’expérience la plus intense : après de multiples tentatives infructueuses à rester immobile (tout en faisant le scan corporel pour observer ses sensations), je deviens résolu à réussir, coûte que coûte, la méditation de 18h00 à 19h00, je ne bouge pas d’un poil. Vers la fin de la séance alors que l’inconfort-douleur atteint son paroxysme, mon cerveau redouble de créativité pour trouver n’importe quelle raison pour me faire bouger les jambes, mais je résiste et à un certain moment c’est comme si l’esprit à abandonné sa lutte… et pendant plusieurs minutes je n’ai plus sentis de signaux d’inconfort ou de douleur, un état de grâce que je ne m’attendais pas du tout. De ma perception, j’avais l’impression que je pouvais sentir les signaux de douleur comme une forme de pulsation… à moins que ça soit les pulsations provoquées par les artères des jambes. Je ne sais pas, mais je peux dire qu’à partir de ce moment, ce fût beaucoup plus facile de rester immobile durant les séances de Siddhasana.

Et voilà, c’était mon fait saillant spirituel de ce 10 jours. Le reste des jours ce sont passés sans histoire, je crois avoir développer une meilleure capacité à percevoir les sensations de mon corps, mais je sais aussi qu’une des constante de toute cette expérience était mon manque de concentration. C’est vraiment un aspect que je vais devoir améliorer dans ma vie, et pas seulement pour la médidation, mais même pour écrire ce texte par exemple ou faire ma paperasse de comptabilité. En tout cas.

Autre réflexion, pour ceux qui pensent que fermer les yeux et rester assis pendant une heure est d’une platitude absolue, je dirais que ça n’a pas été le cas pour moi. Souvent, je m’amusais à me dire, qu’à partir du moment où je ferme les yeux (pour une heure entière), c’est un monde entier qui s’ouvre devant moi. Celui des pensées, des images créées par mon cerveau pour me déconcentrer, du doute de style ‘’c’est donc ben de la marde cette technique, c’est pas pour moi’’, de l’envie de bouger, du rappel que je dois me concentrer sur les sensations corporelles, de la perception de l’inconfort croissant à mesure que le temps passe, de la forte envie d’ouvrir les yeux pour savoir il est quelle heure, de l’observation de toutes ses pensées et ses sensations, on ne s’ennuie pas finalement. Au bout du compte, j’ai finis pas m’habituer et à trouver que c’est presque banal de méditer pendant une heure entière. Et oui. Je ne pensais jamais dire ça un jour.

Est-ce qu’il y a d’autres choses à dire de tout cette expérience? Je peux dire que les discours enregistrés de S.N. Goenka en fin de journée était assé agréable et intéressant. Je dois dire que, des fois, il faisait référence à des concepts de yogi ou d’hindou ou de je ne sais pas quoi avec des mots en sanskrit et je ne comprenais pas ou je n’étais pas réceptif à tout ce qu’il disait, mais je dirais que pour l’essentiel, son message est vraiment intéressant et n’est pas conçu pour nous transformer en apôtres d’une secte religieuse. Vraiment pas. Le seul mot cool en sanskrit que j’ai vraiment retenu est ”anicca” (qui se prononce ”anitte-chat” genre), qui veut dire: tout est impermanent, tout change constamment. Ce qui est vrai. Une chose que je retiens de ces propos : Il dit, dans la majorité des religions, nous sommes portés à prier pour qu’un dieu quelconque nous aide, mais en réalité, il faut s’aider soi-même. Selon lui, nous sommes les créateurs de la totalité de notre propre misère-souffrance et il nous appartient de s’en libérer par nous-même. Faque c’est ça qui est ça.

En conclusion, je ne deviendrai jamais un moine, mais je souhaite ardemment intégrer la méditation dans ma vie. Ça été une expérience parfois difficile, exigeante, mais vraiment enrichissante. Je suis convaincu que je suis maintenant plus ‘’outillé’’ pour affronter les différents aléas de la vie (par exemple, ne pas souffrir parce que j’attends trop longtemps dans une file d’épicerie parce que je choisis toujours la mauvaise caisse, mais plutôt observer mon impatience et ma frustration et m’en détacher). Je sais maintenant que je peux rester assis une heure immobile, tolérer un inconfort assé important sans fléchir et que je peux fermer ma trappe pendant 10 jours. Je sais aussi que je dois encore travailler beaucoup pour discipliner mon esprit à rester concentré. Au bout du compte, le but n’est pas d’être un genre d’ermite reclus, mais plutôt un membre actif de la société qui parvient à expérimenter la vie avec une grande paix d’esprit. C’est ce que je souhaite à tout le monde aussi.

Voilà.


La fameuse cloche qui nous avise qu’il faut retourner à la salle de méditation.


Le gong qui indique lorsque la méditation débute et se termine.


Mes ”quartiers” durant mon séjour, frugal, mais confortable 🙂

Anecdotes
– Première journée, on reçoit comme directives de ‘’focus on the nostril’’. ‘’Nostril, c’est quoi déjà? C’est tu le nombril?’’ On dit aussi de se concentrer sur l’inspiration et l’expiration… Là je suis mêlé, la respiration du nombril? Je me dis que c’est un genre de métaphore ou je ne sais quoi et donc durant les 4 premières heures de la méditation, j’ai essayé de me concentrer sur mon nombril……. Jusqu’à ce que je réalise que ‘’nostril’’ c’est narine… Bref, on peut dire que j’ai commencé ces 10 jours sur un léger faux pas, mais bon ce n’est pas grave en?

– Pendant les 10 jours de méditation, j’ai eu des moments où je rêvais du moment où j’allais pouvoir m’effoirer sur les coussins dans l’auberge de jeunesse et pouvoir pousser un grand soupir de soulagement et de juste être parfaitement bien. Libéré. Et bien j’ai réalisé ce rêve! Je suis retourné à l’auberge de jeunesse et 5 secondes après m’être effouaré, mon cerveau a commencé à penser à d’autres choses. Le soulagement aura donc duré 5 secondes finalement avant de retomber dans la litanie des pensées quotidienne… (très fier d’avoir utilisé le mot ”litanie”).

– Après la 8e journée, je me réveille dans la nuit à genre deux heures de matin et j’aperçois une silhouette d’une personne qui médite… c’est mon cochambreur qui médite sur son lit à deux heures du matin… ‘’Ishhh… t’es intense mon gars’’ que je me suis dit avant de me rendormir. J’ai appris après coup qu’il n’avait pas été capable de dormir de toute la nuit après avoir expérimenté durant la 8e journée un genre de ‘’free flow’’ durant la méditation, une sorte d’état dans lequel tout ‘’coule’’ naturellement et on parvient à percevoir les sensations subtiles sur les différentes parties du corps sans blocage ou partie où on ne sent rien… Bref, j’ai été bien impressionné quand il m’a expliqué cela et ensuite j’ai eu un léger moment de jalousie parce que j’ai pas vécu ça moé… Mais bon, faut dire que cela fait 24 ans qu’il pratique différentes formes de méditation et de yoga et qu’il avait déjà eu cette ‘’vision’’ qu’un jour il allait ressentir ce genre d’état de ‘’free flow’’. J’ai encore des croûtes à manger et c’est ben correct de même. Un moment donné, on peu pas toute avoir toute tout cuit dans le bec sans faire d’effort et faire preuve de persévérance, ça serait trop facile et platte.

– Le plus gros défi que j’ai réussi à relever c’est d’être resté assis immobile pendant une heure entière alors que j’entendais constamment des sons de bouche d’un méditant à côté de moi. C’est fascinant parce que les bruits des travaux à l’extérieur, des quelques voitures qui passent, des casseroles de ceux qui préparaient la nourriture, des rôts occasionnels des Indiens (ça rotte fort des Indiens mon gars chte dis), ne m’ont aucunement dérangé, mais les bruits de bouche c’était vraiment murder…

– À la journée 0, quand on avait encore le droit de parler, je mange mon plat avec ma main droite. Un Indien me dit que je ne mange pas comme du monde. Il me montre la manière, je ne vois aucune différence avec ce que je fais. J’essaie de manger différemment avec ma main, il balance sa tête d’un bord pi de l’autre (comme le font les Indiens dans pleins de circonstances)… et donc je n’ai aucun idée s’il considérait que ma nouvelle manière de mangé était appropriée. Je suis resté gêné jusqu’à la fin de mon repas et voilà. C’est sur la thématique de la gêne que ce termine cet article. Car, en voyage, j’ai tendance à être un petit gêné quand je ne connais pas les gens. Et oui, c’est avoué. Je suis un petit gêné.